Comment la souffrance s’installe-t-elle ?

La théorie de la personnalité : comment la souffrance s’installe-t-elle ?

Carl Rogers décrit dans sa théorie de la personnalité ce qui se joue dans le développement de la personne et ce qui le freine.

 

A sa naissance, l’individu né avec un « moi organismique », un tout indifférencié où l’autre n’existe pas. Il ne juge alors ses expériences que par lui-même. Son expérience n’est autre que sa seule réalité.

Vers les 7 mois, l’étape de la différenciation s’installe. Le « moi » commence à se construire avec la conscience que l’autre existe aussi.

 

Cette conscience de soi et des autres fait émerger chez l’individu un besoin de considération positive par les personnes critères de son environnement (parents, enseignants, éducateurs ou éducatrices…). Pour se faire aimer de ses personnes critères, l’individu va adopter leurs points de vue sur sa personnalité au détriment des siens. La considération de l’autre est si importante pour lui qu’il ne remettra pas en doute l’évaluation que les autres font de sa propre expérience. Il s’y conformera au prix de s’éloigner de son propre ressenti. Par exemple, si ma mère me dit que je suis méchant, c’est elle qui doit avoir raison. Autre exemple, si je suis tombé, je pleurs car j’ai mal. Mais si mon grand frère me dit que je n’ai rien, c’est que mon ressenti n’est certainement pas juste. Je ravale mes sanglots et je nie ma douleur alors qu’elle existe.

Nous apprenons ainsi très tôt à ne plus faire confiance à notre expérience directe. Par exemple, un parent dit à son fils : « Tu ne devrais pas pleurer. Les garçons, ça ne pleure pas, c’est fort ! » L’enfant apprendra à se couper de ce qui peut l’émouvoir au risque de pleurer et donc de déplaire.

Carl Rogers parle ici du passage du centre d’évaluation interne à un centre d’évaluation externe qui n’est plus celui de la personne elle-même mais celui de l’autre.

confiance en soi

Pour rester fidèle aux valeurs de l’autre dans un souci de considération positive de sa part, l’individu va se couper d’une partie de son expérience qu’il juge alors comme dangereuse car non-conforme aux valeurs de l’autre. Nous arrivons à une conception limitée de soi avec la sensation de ne pas être vraiment nous-même. Ce tiraillement est à l’origine de l’incongruence dans nos relations et envers nous-même. L’incongruence est l’expression du décalage entre notre véritable expérience et ce qu’on veut bien en admettre.

« Il arrive que, pour développer ou conserver une estime à ses propres yeux, la personne introjecte constamment les valeurs de personnes de référence extérieures au point de ne plus avoir, comme critères de valeurs internes, que des normes importées. En pareil cas, la possibilité d’une vie authentique risque d’être restreinte, voire annihilée. »[1]

La thérapie intervient à cet instant où la personne ne supportera plus son incongruence et cherchera à se rapprocher de son moi organismique pour pouvoir fonctionner pleinement. Elle apprendra à s’accepter telle qu’elle est et non telle que les autres aimeraient qu’elle soit.

[1] « La psychothérapie selon l’approche centrée sur la personne de Rogers », P. Dafflon, P. Wanderler, chapitre 10.

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